La naissance de l’humanité, Adam et Eve.

Publié le 11 Juillet 2012

Nous sommes il y a 30 000 ans. L’évolution à partir d’éléments simples créés par Dieu est arrivée à la perfection dans tous les domaines. La croute terrestre est relativement stable. Le monde végétal recèle de secrets fabuleux et d’une inventivité sans aucune limite. Le monde animal est fabuleusement riche, la chaine alimentaire est

une merveille d’équilibre. Un petit bémol, cependant : il a fallu rectifier le tir concernant les dinosaures.

Surement les oligarques de la nature préhistorique. Mais c’est une histoire oubliée depuis longtemps par nos amis les animaux. Ils ne sont pas rancuniers.

Le décor est planté pour l’arrivée de la plus belle chose sur terre : l’humain.

A cette époque, il y a deux concurrents au titre parmi les grands singes : Homo sapiens et Neandertal. Ils se ressemblent énormément. Ils possèdent des caractéristiques physiques similaires bien qu’issus de deux évolutions de singes différentes. La nature est somme toute plutôt logique. Leur mode de reproduction est le même, ils sont la quintessence du règne des placentaires. Chez Neandertal, le physique prédomine, il est beaucoup plus résistant aux variations climatiques, est meilleur chasseur et se défend plus farouchement contre les attaques des autres espèces. Homo sapiens, bien que moins solidement bâti, possède une capacité intellectuelle plus grande, car sa boite crânienne est plus volumineuse.

La cohabitation de ces deux grands singes ne fut pas toujours une partie de plaisir. Ils se firent la guerre. Le territoire est essentiel pour la survie d’une tribu. Bien souvent, ce furent les néanderthaliens qui écrasèrent avec force les homos sapiens. Mais la condition pour devenir ce que nous sommes n’était pas la force physique. Et lorsque l’histoire que je vais raconter est arrivée, le néanderthal était condamné à disparaitre très rapidement par Dieu. La manière importe peu, virus ou autre…

L’histoire se passe dans une petite tribu vivant sur une ile au large de ce qui est maintenant la Chine. Cette ile s’appelle actuellement Taipei.

L’isolement insulaire a permis à notre petite tribu de se protéger des néanderthaliens qui règne encore en maitre sur le grand continent. Le climat est idéal, les ressources abondantes, nous pourrions appeler cet endroit le paradis car la tribu, maintenue depuis bien longtemps à l’écart du tumulte du continent, vit dans une certaine sérénité et équilibre. La communication, bien que rudimentaire, est assez efficace, et la transmission orale du savoir se fait de génération en génération. L’écoute des anciens est la base de leur civilisation.

Mais ces singes se reproduisent à la manière d’animaux. Lorsque la femelle est féconde, le male la renifle et la monte. L’instinct animal prédomine.

Ev’ est une jeune femelle. Ev’ est d’une beauté insolente pour la plupart de ses congénères. Elle se tient bien droit, les épaules en arrière, offrant à la vue des mâles, des seins fermes avec une forme en légère poire. Elle se déplace avec grâce et agilité en sautant de pierre en pierre pour aller faire sa toilette dans le ruisseau qui serpente dans la clairière où habite la tribu. Elle prend grand soin de son corps et est souvent incommodé pas les odeurs fortes que dégagent les males en rut qui lui témoignent leur envie de s’accoupler avec elle. Ses règles sont apparues le mois dernier, l’odeur qu’elle essaie de camoufler vainement est arrivée au nez de plusieurs males. Elle sait que le temps lui est compté, et que l’un d’entre eux réclamera son dû. C’est ainsi, elle est femelle, elle sait que résister physiquement est peine perdue. Pour l’instant, un temps de répit lui est accordé car les males s’observent du coin de l’œil, ils sont prêt à en découdre physiquement pour remporter l’honneur de déflorer la jeune femelle.

Qui sera le plus vaillant ?

Un matin, Ev’ vient d’achever sa toilette, elle hume l’air du printemps et reste quelques instants à rêvasser la tête penchée. La surface de l’eau est redevenue lisse et l’image de son visage apparait. C’est alors que quelque chose de très curieux arrive : à l’intérieur de sa tête elle a ressenti un picotement. Une sensation totalement nouvelle. Elle se contemple, elle prend conscience de sa beauté. Elle se lève et contemple sa silhouette. Les femelles de la tribu ne sont pas comme elles, elle en prend alors conscience. Elle exécute ce qui pourrait s’apparenter à des pas de danse tout en ne quittant pas la surface de l’eau du regard.

Elle se sent belle et épanouie.

C’est alors qu’une idée folle, totalement révolutionnaire, lui traverse l’esprit : et si, sachant qu’elle représente un enjeu pour les mâles de la tribu, elle décrétait que c’était elle qui allait décider qui allait avoir l’honneur de s’accoupler avec elle ? Ainsi, ce ne serait plus eux qui détermineraient à la suite d’une lutte du plus fort qui serait le gagnant, mais elle qui jugerait selon ses propres critères.

Comment la tribu va-t-elle accepter une telle attitude ?

Toujours est-il que ceux qui sentent trop fort seront éliminé d’office !

Certaines femelles ont déjà réussi à repousser des mâles par le passé. Pour un temps. Ev’ s’arme de courage, elle est habitée par cette unique idée d’imposer sa volonté coute que coute, quitte à en mourir.

Ad’m est un jeune mâle d’une tribu voisine d’Ev’. Contrairement à bon nombre de ses camarades, il n’a que très peu de poil et sa peau est plutôt fine. Sa mère, si elle ne l’avait pas mis au monde, aurait eu grand plaisir à le laisser s’accoupler avec elle. Il a une démarche assurée et des épaules larges. Tandis que quasi tous ses congénères passent leur temps à confectionner des armes et à simuler des batailles pour satisfaire leur envie, Ad’m passe énormément de temps à observer la nature et les animaux. Il a appris selon les rites ancestraux, comme tous les jeunes de son âge, à courir dans le but de pratiquer la chasse, mais cela ne le passionne guère. Les félins et de manières générales les animaux qui développent une grande puissance physique ne sont pas ses sujets de prédilection. Ad’m, avant que la nuit tombe et qu’il dessine des formes familières à l’aide des étoiles, passe des heures à observer les poissons. Il est fasciné par la façon qu’ils ont de se mouvoir dans un environnement qui n’est pas le sol sur lequel il marche. Lorsqu’il était enfant, sa mère l’a souvent mis en garde vis-à-vis de l’eau. Elle peut s’avérer très dangereuse. Nombreux sont ceux qui ont essayé de la dominer et sont morts. Mais Ad’m est persuadé que si des êtres vivants sont capables de vivre dans l’eau, alors il n’y a pas de raison d’en avoir peur. C’est juste que l’on s’y prend mal.

Ad’m est cependant toujours envahi par la crainte et n’ose pas mettre en pratique les mouvements qu’il a imaginé faire pour imiter les êtres de l’eau.

Un matin, Ad’m a décidé d’aller un peu plus loin que d’habitude, sur le territoire de la tribu voisine. Les deux tribus vivent en paix. D’ailleurs les accouplements entre tribus sont favorisés car les enfants entre individus d’une même famille sont rarement viables. Ad’m est bien loin de ces considérations, il est vierge et ne s’intéresse guère aux femelles de sa tribu.

L’eau est profonde, on ne voit plus le fond, comme à son habitude il y est rentré jusqu’au genou et statique, attend qu’un poisson vienne lui tourner autour.

Une branche craque au loin, il relève la tête.

Ev’ s’approche de la rivière. Elle émet un son curieux avec sa bouche, comme un sifflement. Ad’m se fige, là où il est, elle ne peut le voir mais il peut l’observer tout à loisir.

Il est fasciné par les courbes gracieuses d’Ev’. Sa peau. Son visage. Il n’a jamais vu une femelle aussi belle. Sa mâchoire tombe et sa température corporelle augmente. Surtout entre ses jambes.

Ainsi donc, c’est ça…

C’est alors qu’il va ressentir un phénomène très étrange : une chaleur intense semble l’avoir frappé à la poitrine et s’être logé dans son ventre.

Il est décontenancé. Dans un état second.

Ev’ ne l’a toujours pas remarqué et commence sa toilette tout en se mirant dès que la surface de l’eau le lui permet.

Ad’m ne s’est jamais lavé, il n’a jamais compris l’intérêt d’une telle pratique mais il comprend que cette femelle a un rapport à l’eau similaire au sien. Elle l’a adoptée dans son mode de vie.

Un male de la tribu d’Ev apparait, il l’a suivi. Il manifeste son envie de s’accoupler avec elle.

Ev’ grogne. Elle est furieuse d’être dérangée dans ce moment d’intimité. Le male se décompose et s’enfuit sans demander son reste. Ad’m n’en croit pas ses yeux. La boule d’énergie dans son corps vient de grandir à nouveau.

Ev’ soupire. Aucun male ne correspond à ces aspirations profondes. Si cela continue ainsi, elle devra céder à Set’, un male de sa tribu. Set’ est très intelligent, grâce à ses mains ils arrivent à confectionner des armes bien plus perfectionnées que la plupart. Malgré un physique peu avenant, il est parvenu à prendre l’ascendant sur tout le monde. Ainsi selon la logique qu’elle a elle-même instaurée à grands coups de grognements elle donnera à Set’ ce qu’il attend malgré son relatif dégout pour lui. L’horloge biologique tourne et du haut de ses 9 ans, Ev’ ne peut attendre trop longtemps avant d’assurer une descendance.

Elle fait mine de s’éloigner. Ad’m est submergé d’émotion, il tremble. Tout en étant incapable de déterminer pourquoi, il sent que cette créature lui est familière et qu’il ne peut laisser un autre que lui l’approcher.

Une énergie le pousse de l’intérieur.

Les rives sont impraticables. Pour accéder à la rive où elle se situe l’unique voie est l’eau elle-même. Il faut passer par l’endroit où l’on ne voit plus le fond et où l’on ne peut plus marcher pour progresser.

Un flash blanc vient aveugler Ad’m. Il est repoussé en arrière. Son cœur bat la chamade. Il s’est cru mourir l’espace d’un instant.

Son cerveau vient de se mettre en marche. L’étincelle primordiale d’énergie spirituelle immanente a amorcé un processus qui va bouleverser sa vie.

Il regarde l’eau.

Il n’a plus peur.

Il se jette dedans et remue des bras et des jambes dans un grand désordre. Il boit la tasse et manque de se noyer. Dans sa tête, l’énergie continue à tourner. Il rassemble ses esprits, se remémore les gestes qu’il a mis au point et les exécute. Il progresse de quelques centimètres. Surtout, il ne coule plus. Il continue, encore et encore. Sans s’en apercevoir, il pousse des grognements de satisfaction à chaque fois que sa bouche ressort de l’eau.

Ev’ tourne la tête et n’en croit pas ses yeux.

Une touffe de cheveux émerge de de l’eau et progresse dans sa direction.

C’est à son tour de voir sa mâchoire tomber mollement et ses yeux s’écarquiller.

Jamais elle n’avait vu faire une chose pareille.

Au bout de quelques minutes, Ad’m parvient de l’autre coté, il voit le fond. Il se redresse et se met à marcher. Il est rayonnant. Le soleil, jusqu’ici caché par un nuage, vient de faire son apparition, et éclaire la scène de ses vifs rayons, enveloppant Ad’m ruisselant. La lumière scintille au travers des gouttes qui recouvrent sa peau.

Ev’ est bouleversée. Une larme pointe au coin de son œil et vient mourir à la commissure de ces lèvres. Elle a un gout salé. C’est tellement étrange.

Les deux êtres se font face à présent. Les yeux dans les yeux.

Une énergie formidable passe entre eux.

Des oiseaux se mettent à chanter joyeusement comme pour célébrer l’évènement.

Le temps s’est arrêté.

Chaque centimètre gagné les éloigne inexorablement du règne animal. La partie est enclenchée, plus rien ne pourra l’arrêter désormais.

Ils sont si proches, ils peuvent se sentir, sentir la chaleur de l’autre.

Ad’m tend la main vers celle d’Ev’. Elle répond à son geste. Leurs doigts rentrent en contact. Leurs paumes. Une douce chaleur passe de l’un à l’autre. La tête d’Ev’ bascule sur le côté tandis que ses paupières battent délicatement. Elle pousse un long soupir. De nouveau, une idée obsédante nait dans l’esprit d’Ad’m : il doit se servir de ses lèvres. Elles finissent par lui bruler. Le visage d’Ev’ est juste en dessous du sien. Il se noie dans ses grands yeux. Il perçoit le frémissement de ses lèvres à elle. Elle est donc animée du même désir.

Dans un même élan, ils ferment tous deux les yeux et leurs lèvres se frôlent timidement.

Leurs cœurs sont sur le point d’exploser. Jamais un animal n’a éprouvé pareille sensation. Les deux corps entrent alors progressivement en contact.

Un chat, qui était venu s’abreuver se tient à quelques mètres d’eux. Son œil luit. De l’autre côté, un chien est lui aussi témoin de la scène.

Que se passe-t-il dans leurs cerveaux à ce moment-là ? Sont-ils conscients de la portée de l’acte ?

Ad’m recule son visage pour scruter sa compagne. Le chat se lèche comme s’il se désintéressait. Le chien soupire et se couche sur le sol en mettant la gueule sur ses pattes avant et en fronçant les sourcils.

Cette sensation, cette énergie ressentie ne peut plus désormais être cachée. Tout le monde doit pouvoir la ressentir. C’est tellement prodigieux et bénéfique. Cette sensation vous ôte en un instant toute peur, tout mal ressenti. Et puis, c’est indescriptible, il faut le vivre par soi-même.

Tout cela, cette idée de transmission de ce savoir, instantanément Ad’m et Ev’ sont conscients d’être porteur d’un message. Cela les dépasse totalement.

Le soleil est en train de se coucher, une lumière orange s’empare du ciel.

Set’ est là. Il se tient derrière eux, immobile, sans bruit. Il attend. Dans sa main il a une branche morte enflammée. Alors que Ad’m cherchait à imiter le poisson, Set’, à l’écart de la communauté, dans le plus grand secret a travaillé sans relâche à sa plus grande création : le feu.

Il est parvenu à le maitriser et les flammes crépitent au bout de son bâton.

Il sait, lui aussi, que sa découverte est essentielle, il a aussi bien perçu ce que ça va lui prodiguer en terme de pouvoir. Le moment est venu de mettre en pratique l’exercice de ce pouvoir.

Le couple recule. A la joie qui rayonnait sur leur visage, la terreur a succédé.

Set’ tend le bras en avant et balaie l’air devant lui comme pour signifier au couple de se séparer. Un bruit terrifiant, tel un souffle sortant des flammes retentit à leurs oreilles. Ad’m s’écarte. Set’ fait un bond en avant et abat la branche sur le bras d’Ad’m. Il hurle de douleur et bascule dans l’eau. Le contact de l’eau calme la brulure mais Ad’m se fige. Le visage de Set’ est toujours aussi menaçant. Il ne grogne pas, comme à son habitude. Les flammes qui dansent devant son visage renforce ses traits inquiétants. Ev’ a compris, elle semble résignée à son destin. Des larmes coulent le long de ses joues et elle jette un regard à Ad’m qui semble dire : prend soin de toi.

Ad’m s’enfonce dans l’eau et s’éloigne alors que l’obscurité gagne la scène . Set’ ne peut s’empêcher d’éprouver de l’admiration pour l’homme qui a vaincu sa peur de l’eau, il sait qu’Ad’m est un adversaire redoutable mais il savoure sa victoire.

Il saisit la main d’Ev’, la nuit lui appartient.

Sur le chemin qui le ramène vers sa tribu, Ad’m s’arrête pour observer les étoiles. Elles semblent immuables et indestructibles. Il se sent si faible, si petit en comparaison de tout ce qui l’entoure.

Il se sent humain.

Trois jours passent, Ev’ est comblée de tous ses désirs. Des membres de la tribu soumis à Set’ lui apportent de la nourriture. Certains sont même parvenus à lui apporter de l’eau pour qu’elle n’ait plus à se rendre à la rivière. Mais elle n’est pas heureuse, tout ce confort matériel ne peut rivaliser avec ce qu’elle a éprouvé avec Ad’m. Set’ est intelligent et le sait. Ce désamour le ronge, il ne le supporte pas. La nuit, il se réveille en sueur, des images s’imposent à son esprit de manière récurrente.

Il n’est pas surpris lorsqu’il reconnait le grognement d’Ad’m.

Set’ s’empare de la branche enflammée qu’il conserve en permanence à ses cotés et se dirige dans la direction des grognements avec la ferme intention de ne pas laisser s’enfuir son adversaire vivant.

Ad’m tient un objet dans ses mains. Set’ brandit son arme vers lui. Ad’m jette sur les flammes toute l’eau contenue dans son tronc creux. Set’ se retrouve avec son bâton fumant en main, incapable de réagir. Il sait qu’il n’a aucune chance au corps à corps face à Ad’m.

Ev’ s’approche. Ad’m lui saisit le bras et ils partent sans se retourner.

Set’ s’écroule à genou, une femelle se précipite vers lui et se prosterne devant lui. Elle s’appelle Lyl, elle est d’une beauté machiavélique. Lyl échange habituellement ses faveurs avec plusieurs mâles contre des offrandes.

Ce temps-là est révolu.

Elle sera femme de chef.

Rédigé par Stephan Pain

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