Les States, suite, côte ouest.

Publié le 15 Février 2012

San Diego ? La jolie carte postale, c’est gran’pa qui va être content, surtout avec la jolie demoiselle, avec son si petit maillot. Instant de grâce de ce créateur de génie, superposant l’image avec raffinement avec une plage bétonnée et y ajoutant un slogan que n’aurait pas renié les plus grandes plumes de la littérature française. En un mot : La class !

Mais si on

y vient à San Diego, c’est pas pour le charme de son centre-ville, de ses plages ou de son bar PMU de Sunset beach… A moins que je ne confonde avec La Ciotat.

Non, vous pensez bien, cette ville perdue tout au bout du bout, que pourrait bien venir y faire ? Vous ne savez pas ? Pas un indice ? Ce bout de bout pour les ricains, c’est aussi le bout du bout des mexicains. Les deux bouts qui se côtoient, ça donne toujours des cohabitations particulières.

D’un côté la majorité à 21 ans, que si t’as pas ta carte, ou que tu n’as pas 21 ans tu peux rester chez toi. Rigolent pas avec ça. Your ID please. On prend soin de notre jeunesse.

Les mexicains, eux, ils ont pas les mêmes préoccupations pour leurs enfants. Peuvent rouler bourrés à 18 ans, de toute façon ils ont pas de bagnoles. S’en foutent tellement de leurs gamins qui les laissent dealer à la frontière aux yeux de tous. 10$ la cartouche, monsieur ! Allez ! S’il te plait ! Allez je te la fais à 5$. (mon récit date du début des années 90)

Quand t’es mineur là-bas d’ailleurs, t’es tout de même plus chanceux quand tu es un garçon, t’as pas à vendre ton corps au moins. Au moins ça leur fait du pognon, et puis quoi ? Elles auraient fait quoi sinon ? Serveuses ? Mais on vient pas au Mexique pour boire des coups, on vient pour les tirer ! Cela dit, je serais pas contre une petite bouteille de sky dans la boite, histoire de se détendre. Tu as soif ? Attends, je te prends une bouteille aussi ! Nan, nan, c’est pour moi, au prix où c’est, pas un grand sacrifice, et pis ça me fait plaisir, parce que bon les mexicaines sont cochonnes mais pour ce qui est de la causette elles sont plutôt limitées, depuis le temps elles auraient pu apprendre l’anglais. Si elles y mettent pas un peu de bonne volonté…

Hey ! Qu’est-ce qui s’passe ? Par ici la sortie messieurs ! Il y a peut-être 15 000 personnes qui d’un seul coup sont dirigées vers la sortie. Voilà, qu’en moins de 5 mn on se retrouve dehors. Le bruit court qu’on aurait trouvé une mineure. Et donc ? Semblerait que parfois la police mexicaine s’énerve un peu. Encore un qui a pas eu assez de dessous de table. Allez, allez, calmez-vous. Bon, eh bien il va falloir trouver une autre boite pour finir la nuit, dommage c’était vraiment la plus grande.

En route pour L.A. Ah oui, ça la route, tu vas en bouffer ! Et pas qu’un peu ! La carte complète de France des autoroutes tu peux bien réussir à la faire rentrer rien qu’en Californie. Pour ceux qui se plaignent des embouteillages parisiens, ils n’ont qu’à venir prendre l’autoroute principale. Le genre d’endroit où 100 km de bouchons ça peut t’arriver comme ça, sans prévenir, en pleine semaine à une heure creuse, et sur 5 voies encore, s’il vous plait. La situation est tellement insoluble, qu’ils sont venus avec la meilleure des idées : Ils vont doubler la highway en rajoutant un étage au-dessus. Qui a parlé de transports en commun ? Voyons ! Vous n’y pensez pas ! Et l’american dream dans tout ça ? A tous les coups on voudrait bafouer notre premier amendement ! Non non et non ! Moi je reste tout seul dans mon pIck up et pied au plancher entre les feux ! 7,5 litres, ça c’est une vraie cylindrée ! C’est pas les japonais qui sauraient faire de si belles mécaniques.

Si tu quittes la highway, tu vas rouler des heures en ville, ici y’a jamais de campagne. Tu peux essayer de compter le temps entre deux fast-foods de la même enseigne, il demeure invariablement immuable. Y’a ptêt guerre que l’ordre dans lequel ils sont alignés qui peut varier. Et encore. Ca pourrait perturber. Y’en a un, tu le repères à l’odeur. Avant même qu’il tombe sous les mirettes, y’a comme une odeur nauséabonde qui traine dans l’air. A priori, ça ressemblerait à de l’huile de friture. Et puis le machin t’arrive en pleine pogne. Au début tu crois que c’est une barrière de péage. Une petite boite rectangulaire sous le cagnard encadrée par deux files de bagnoles de part et d’autres. Comment une odeur aussi puissante peut provenir d’un endroit aussi rabougri ? On se rapproche. Humm… Mon rêve américain vient de partir en chute libre. Ils sont trois là-dedans. 3, 4 mètres carrés tout au plus. Dans un coin une pile de pain aussi haute que le bonhomme. Dans l’autre, la pile de steack. Quand je vois l’atmosphère à l’intérieur, c’est là où je me dis qu’on voit les origines britanniques qui ressortent. La nostalgie du fameux fog londonien. Et ça débite, et ça débite ! L’attaque des clones.

Vous pouvez tout essayer en matière de restauration rapide, y’en a pour tous les ulcères, mais celui-là, il fallait oser. J’ai pas osé toucher aux frites. On est jamais trop prudent.

Celui qui vient à Vegas, reste à Vegas qu’on m’a dit les yeux pétillants d’admiration pour cette ville. J’avoue que j’aurais préféré rester là où j’étais en premier lieu. En fait il s’agit-là plutôt d’une erreur de traduction. Il faudrait plutôt dire : Ce qui arrive à Vegas, ne sort pas de Vegas. Si tu traines un peu trop tes yeux sur la silicone, on aura vite fait de te faire miroiter le reste. Mais pour ça, mon gars, c’est payant. Laissez-moi vous raconter la technique : pas très intéressé par les machines à sous, tu traines au rez-de-chaussée. Et puis voilà que tu pénètres dans la quatrième dimension. Deux jumelles suédoises viennent te parler. Il te faudrait un sécateur dans la main pour arriver à te persuader que tu es dans la réalité. Au bout de quelques minutes, constatant l’état limité de nos finances, elle nous balade jusqu’à un chauffeur de taxi et s’en vont, nous laissant dans les yeux plein de petites étoiles. Le chauffeur entre en action, il nous propose 50 dollars si on l’accompagne dans un bar d’hôtesses. Le pauvre, s’il avait su combien pingre nous étions ! Il rentre avec nous, touche sa commission et s’en va en laissant son numéro pour le rappeler quand nous repartons. Les tarifs ? Il vaut mieux pas savoir. Ici, la fille te parle pas sans avoir au moins vu un billet de 50. Et t’as intérêt à avoir beaucoup d’imagination si tu n’en as pas une petite collection parce que c’est tout ce que tu feras. Quand t’as pas le choix, tu regardes, personne viendra t’ennuyer, ils attendent que tu craques. Au bout d’un moment, forcément, on se lasse. Le type rapplique. Il nous donne encore l’argent pour payer l’entrée, mais cette fois, les filles sont moins jolies, la déco est vulgos. Ca sent le discount.

Et là, on a basculé dans le surréaliste : On a traversé à pied la moitié de la ville pour rentrer. Les rares gens qui trainaient dans la rue ont bien du se demander ce qui nous arrivait.

A Vegas, la nuit, c’est très agréable de se promener, il fait très bon et personne vient t’ennuyer.

A un moment, je me suis demandé si la terre n’était pas plate. Comment expliquer cette atmosphère de fin du monde qui règne autour de San Francisco. On dirait que tout s’arrête là, derrière les nuages. Plus rien que le vide et le silence. Et cette ville, enlacée en permanence par la brume, comme un raccourci vers l’Europe. On se sent chez soi, tout redevient à dimension humaine. Toute cette route pour revenir au point de départ.

Ce qu’on retient des gens ? Bien loin de la grisaille des cœurs européens, ils savent que la générosité n’est pas un vain mot. Il est si triste de les savoir condamnés à l’ignorance et à l’autarcie.

Oui, le peuple américain est un peuple de gens admirables.

Rédigé par Stephan Pain

Commenter cet article