Message aux investis (réponse à monsieur Jean d’Ormesson)

Publié le 22 Avril 2012

Monsieur, je regrette tout d’abord de n’avoir point votre plume. Vous qui êtes reconnu par vos pairs, je ne suis qu’un inconnu parmi la foule. Vous faites partie de ces gens sur qui les hommes de pouvoir peuvent compter pour appuyer leurs idées dans les cerveaux. L’homme de la rue, même s’il ne vous a jamais lu, s’imagine qu’à la lumière de

votre rang dans la société il peut sans appréhension vous confier son jugement. Vous déléguer sa part de réflexion sur les véritables enjeux que ces élections représentent. Ainsi, tel le grand intellectuel que vous êtes, en grand seigneur, vous déclarez ainsi être bon joueur face à la probable victoire du PS. Je pourrais être enclin à vous imaginer humble et réaliste.

Mais ce n’est pas le cas, laissez-moi vous dire pourquoi.

Tout d’abord vous ne pouvez vous empêcher de railler le candidat de la gauche. Il serait un homme du passé sans envergure. Certes. Mais laissez-moi vous rappeler le passé. Le passé est riche d’enseignement. Condamner un peuple à ne pas avoir de passé, c’est le condamner à l’aveuglement.

En 1931 est élu à la tête de ce pays, Paul Doumer. 1931 ? Oui. Deux ans après la plus grosse crise qu’ait connue le monde. La crise que nous venons de connaitre est sans commune mesure. J’en veux pour preuve les vagues de suicide qui eurent lieu, ainsi que les longues files d’attente pour quémander de la nourriture. Notre situation est bien différente. Paul Doumer était un homme honnête et droit, venant d’une famille pauvre. Il a gravi tous les échelons pour parvenir à la fonction de chef de l’état. Malgré ce parcours, ce n’était pas un homme de pouvoir, et on peut se plaire à imaginer ses détracteurs de l’époque ne lui prêtant que peu de charisme. L’histoire se répète inlassablement. Hélas. En 1932 il déclare publiquement sa volonté de limiter le pouvoir de sa propre fonction. N’est-on pas là au comble de l’humilité ? La vraie, pas celle de posture. Paul Doumer, malgré son désaccord avec la loge du Grand Orient suite à l’affaire Dreyfus a accepté de réintégrer la Franc-maçonnerie. Condition sine qua non ? Je laisse chacun méditer là-dessus.

Paul Doumer sait qu’il va mourir. Il n’est pas surpris lorsque Paul Gorgulov lui tire dessus. Deux jours plus tôt ce dernier a quitté la principauté de Monaco avec un permis de circulation en règle alors qu’il est sous le coup d’un arrêté d’expulsion du territoire français. La justice a rendu son verdict : Gorgulov est un dangereux extrémiste politique ayant agi seul.

Soupir…

Il est rapidement exécuté.

Paul Doumer a donc été assassiné car il était intègre et humble, au moment où la crise ravageait la France.

Il semblerait donc que ceux qui n’ont pas les dents les plus longues soient ceux qui gênent le plus.

Mais François Hollande n’est pas Paul Doumer.

Accepter la défaite du camp d’en face n’est qu’une manipulation. Il n’y a pas de camp d’en face.

Non, je ne suis pas pour les extrêmes. Entre populisme et talent d’orateur, mon cœur ne balance pas. Le parti écolo a lui aussi démontré qu’il savait se formater à la sauce politicienne.

J’ai toujours appris à me méfier de ceux qui voulaient le pouvoir à tout prix. Suis-je un original ?

Vous faites partie de cette élite de gens bien-pensants qui nous ramène invariablement à notre chère Vème république. Depuis 2007, je ne fais qu’entendre de longues complaintes à l’égard de Monsieur Sarkozy. Mais qu’on ne se méprenne pas, Sarkozy n’est pas une punition pour la France. Cette France arrogante, méprisante jusqu’à ses voisins immédiats, se croit le centre du monde. Donneuse de leçons aux donneurs de leçons. Individualiste jusqu’au bout des ongles, fier de lui, fier d’une multi culturalité qu’il ne comprend pas, le français a enfin accédé au délice suprême : un président en totale harmonie avec ce qu’il est. Même ses plus féroces détracteurs n’y sont pas tant étrangers en philosophie. Il y a les pros et les antis. Deux camps bien opposés.

Mais le point de vue est le même.

Un scénario qui a des relents d’affrontement des deux blocs.

Ôtez-donc la télévision et les journalistes de nos vies. Ce poison lent et insidieux qui ronge nos esprits. Les français ne sont pas à ce point manichéens. Je me refuse à le croire.

L’ignorance dans laquelle le peuple français est maintenu ne peut plus durer.

Cette chère Vème république est morte le 21 Avril 2002. Nous y avons tous assisté en direct. Depuis 10 ans, ce n’est qu’une lente agonie. Le cadavre se décompose.

Cette élection n’a plus aucune légitimité, elle ne représente rien, ni personne.

Ce système dont Nicolas Sarkozy est le pur produit est obsolète, condamné à disparaitre.

Sortez de derrière vos bureaux cossus. Venez parler avec les femmes et les hommes de la rue. Ils ne sont plus prêts à avaler les couleuvres que le Général de Gaulle leur jetait dédaigneusement.

Ce temps est révolu. Les français ont soif de Vérité.

Cette élection sera la dernière de ce type.

L’histoire est en marche, le futur se construit maintenant.

Vous pouvez décider de vous joindre à nous où de vous cramponner dans votre vieux monde délabré peuplé de gens à l’égo surdimensionné.

Oui, je ne suis qu’un anonyme, et c’est ça qui fait ma force.

Car demain, un autre que moi prendra la parole et tiendra le même discours.

Nous sommes le futur, nous sommes les 99%.

Rédigé par Stephan Pain

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