Nous sommes tous des indignés!

Publié le 9 Septembre 2012

Quelle est la réelle signification que revêt le mouvement des indignés?

Comprenons tout d’abord que le mouvement s’est crée de manière totalement spontané. Le livre de Stéphane Hessel n’est qu’un lointain prétexte. J’ai eu la chance de rencontrer l’éditrice de Hessel et d’entendre l’histoire de la genèse du titre. En tant que maison d’édition microscopique et tablant sur des prix de vente réduits, ils se devaient de posséder un ouvrage qui soit le fer de lance de leur collection. Ils se sont alors mis à réfléchir et plusieurs propositions sont venues. C’est cette femme qui a vu le plus juste. “Indignez-vous” correspondait à l’esprit de fermeté dans la volonté de répandre la révolution mais de conserver une portée intellectuelle. Personne au sein d’Indigène, n’aurait pu prévoir le succès qui a suivi. Le nombre de traduction dans le monde entier en témoigne. En marge de l’hégémonie des grandes maisons d’édition fruits de l'absorption d’une myriade de petites et lançant sur le marché des livres comme des produits de consommation destinés au plus grand nombre en propulsant leurs auteurs phare au rang de stars, il est ironique de constater comment une aussi petite structure a pu, avec des moyens très limités, diffuser aussi largement une pensée qui va autant à l’encontre du système. Une succession de “hasards” chanceux. Nous savons, vous et moi, que le hasard n’existe pas.

Indignez-vous devenait le grain de sable dans la machine bien huilée.

Ensuite mes pas m’ont menés sur le parvis de la Défense et j’ai pu écouter le récit d’un garçon espagnol qui faisait parti des 15 personnes d’où tout est parti. Dans le prolongement du printemps arabe et gangrénée par un chômage ahurissant, la jeunesse madrilène s’est spontanément retrouvée dans la rue. Comme tout mouvement spontané, la désorganisation était totale, et le résultat immédiat fut proche du nul. Les forces de l’ordre, une fois la foule dispersée pouvaient rentrer dans leurs foyers avec la conscience du devoir bien fait. C’était sans compter sur un nouveau grain de sable: 15 personnes, au lieu de se séparer, ont commencé à discuter tous ensemble en s’accrochant à l’espoir fou de trouver une idée. La discussion ne cessant pas, ils ont alors eu l’idée de demeurer sur place. Des tentes, des couvertures, de la nourriture. Une petite organisation se met en place pour entretenir le feu sacré du verbe. Et cela s’est mis à grandir, à grandir...

Les stratèges policiers ont pris un temps de retard et il leur fallu quelques temps avant d’élaborer les techniques et le cadre juridique à mettre en place pour tenter d’étouffer le feu. Mais ce temps de retard avait été mis à profit pour que le feu s’étende grâce à internet au continent américain.

La réelle révolution est celle de l’esprit. De part nos moyens modernes, la contenir consistait à museler l’information, à la verrouiller fermement. Suivant, en bon citoyen, le journal télévisé quasi quotidiennement, c’est donc avec une grande surprise que je tombais par “hasard” sur les indignés qui survivaient depuis quelques jours sur le parvis de la défense. Plusieurs tentatives avaient été menées à Paris intra-muros pour des actions d’occupations. Quelle ironie de constater que le seul endroit où ils étaient en mesure de rester constituait alors le plus grand pied de nez au système. Un empilement de cartons hétéroclites recouverts de phrases libertaires à peine quelques mètres au dessus d’un des temples franc-maçons les plus influents de la planète. Un joyeux bordel coloré animé par des fous passionnés au milieu d’une immense dalle de béton déshumanisée dédiée à la vénération du dieu argent. L’effet retard a fonctionné également et la police a mis quelques temps avant de trouver une parade efficace à un mode de contestation totalement inédit dans l’hexagone.

Le premier soir, la répression, basée sur des techniques éprouvées, a vite tournée à la violence. A l’époque des smartphones et d’internet, les images furent rapidement diffusées dans la France entière. Il fallait à tout prix éviter que cela se reproduise. Les scènes d’émeute de 2005 ont traumatisé le ministère de l’intérieur. Les têtes pensantes de ce dernier se sont alors mis au travail et ont donné la consigne simple aux agents en uniforme d’empêcher la mise en place de tentes. La technique des groupes de casseurs au sein des manifestations pacifiques est éprouvée, il a suffit d’en élaborer une adaptée à l’occupation. En dehors de l’occupation physique, le danger principal que constitue le groupe des indignés est l’éveil des consciences et la renaissance de l’espoir dans le coeur du public qui vient échanger avec eux. J’ai passé pas mal d’heures sur le parvis à discuter avec des gens hétéroclites, de tous ages, de tous niveaux sociaux, de toutes origines. Au bout de quelques jours, une étrange chaleur m’a gagné. Il se passait REELLEMENT quelque chose sur ce parvis. Les balbutiements d’un mouvement que rien, ni personne ne pouvait arrêter. Je le ressentais au plus profond de mon âme.

Des consignes de sobriété et de respect au sein du petit groupe ont été mis en place. Si l’on voulait détruire l’action de l’intérieur, il suffisait d’envoyer des personnes cassant ces régles de base. Les renseignements généraux détiennent des fichiers sur quiconque ne reste pas sagement collés sur TF1 le soir venu. Aussi, il leur fut aisé de dénicher des perles à l’alcool facile où aux idées extrêmes. Lâchés au sein d’un groupe totalement non hiérarchisé, avec la promesse d’un petit pécule et avec l’aide miraculeuse de caisse de bières atterrissant mystérieusement au milieu, ils eurent tôt fait d’effrayer les curieux avec leurs gesticulations. Le groupe d’occupation commença alors à se marginaliser du public, et ce qui est bien pire, des indignés ne dormant pas sur place. Au fur et à mesure que le groupe s’étiolait, les agitateurs disparaissaient. Un soir, deux jeunes fonctionnaires de police locale un peu trop zélés, ignorants des ordres spécifiques aux indignés, se sont mis en charge d’arrêter l’un d’eux. Pauvres d’eux. Ce fut long et pénible. La soirée continuait avec une marche dans les beaux quartiers et voilà que réapparaît comme par “magie” un des agents provocateurs qui s’était éloigné depuis un bon moment. Arrivant clair et net, surement appellé à la derniére minute, il s’est empressé de boire et au bout de quelques minutes je l’observais en train de taper sur le capot d’une grosse berline aux abords des Champs-Elysée non sans beugler des slogans chargés de dissiper les doutes sur son “appartenance” au mouvement.

Ce qui guide les indignés, ce n’est pas la haine du système, mais bien l’amour de leur prochains. Et l’amour est un moteur bien plus efficace. Certains provocateurs ont fini par tisser des liens d’amitié au milieu de cette population n’ayant que leur coeur à offrir. Si bien que de cacher la raison initiale de leur présence fut donc une épreuve pour ces âmes pour certaines passablement déjà torturées.

Le ministère de l’intérieur n’a éprouvé aucune espèce de compassion à l’idée d’instrumentaliser la détresse psychologique. Après tout, dédommagement à l’appui, ils se sont acheté une conscience.

Sachez messieurs, vous qui me lisez et prétendez me nuire, que tout se paie ici bas et que la justice des hommes n’est rien. Il n’est pas de prison plus indestructible que la prison de son propre esprit.

Puisqu’il y eut scission dans le groupe, intéressons-nous maintenant à la matière grise des indignés. Il n’est plus question d’agents provocateurs. Les individus sont chargés de plusieurs tâches. Tout d’abord établir une hiérarchie au sein d’un groupe lui étant hostile, pour cela il suffit de missionner d’anciens activistes n’ayant pu assouvir leur soif de responsabilité. Ici, l’argent n’est plus primordial, le moteur est l’égo. Ensuite, il convient d’assurer la stagnation des idées naissantes. Pour cela, l’imagination n’a pas de limite. Toujours trouver la phrase qui va semer le doute. En dernier recours, générer un conflit est une arme redoutable. Les égos de chacun faisant le reste. Le débat d’idée étant à l’origine un exercice périlleux, l’équilibre précaire est souvent rompu.

Mais à force de faire semblant de combattre des idées, on finit par se faire absorber par elles. Le mensonge est un piège. J’ai pu constater ce qu’un retournement de cerveau peut donner. La personne en vient à souffrir physiquement. Incapable de se confier, la torture n’en est que plus insupportable. Je ne souhaite cela à personne.

Nos plus farouches adversaires d’aujourd’hui sont les potentiels plus fidèles alliés de demain. Vérité, amour, humilité.

Les indignés se sont alors adaptés.

Ils sont devenus mobiles. Ils ont compris qu’ils n’étaient pas là pour apporter des solutions mais pour poser des questions.

Les vraies questions.

Ils vont à l’encontre de la population, donner du courage et être l’étincelle du combat contre le système qui nous asservit. Nous, les 99%.

Et le système a réagit. Tout le travail des forces de l’ordre consiste à isoler physiquement les indignés. Les empêcher de communiquer avec la population surprise, de distribuer des tracts. Pour enfin finir par les contenir dans un coin et les relâcher au compte goutte pour les décourager.

J’ai vu la redoutable efficacité de cette technique hier. Le constat est amère, mais il est pourtant catégorique. Non, nous ne vivons pas dans une démocratie. Le fascisme a changé de visage, il est beaucoup plus perfide et sournois. Il ne met pas d’uniforme, il n’est pas violent physiquement.

C’est un fascisme totalement dématérialisé et l’arme utilisée est l’économie. Dans un prochain texte je tenterai une vulgarisation du concept utilisé. Que devons-nous faire? Accepter? Se résigner? Auraient-ils déjà gagnés?

Non.

N’attendez pas de moi une solution toute faite à vos problèmes. Je ne suis pas là pour ça. Personne n’est là pour trouver des solutions à votre place, ce temps est révolu. Éteignez la télé et arrêter d’utiliser internet pour vous pervertir. Sortez et allez sonner chez vos voisins. La vraie révolution est là. Ils ont voulu nous diviser pour nous maîtriser. Parlons.

C’est par la Parole que tout se fera.

Ils n’ont pas assez de caméras, de micros, d’informateurs, de supports d’enregistrements pour endiguer cela. Chacun de nous peut être un indigné.

Je ne vous demande pas de dormir dans des cartons, de tracter sous la pluie, de faire des centaines de kilomètres, parfois à pied, de supporter la répression, de vous faire taper dessus, bref d'endurer dans vos chairs les mêmes plaies que ces humains admirables.

Rien de tout cela.

Je vous demande de sortir de chez vous, et de ne jamais vous arrêter de parler. Mettez en parenthèses vos loisirs. Je sais que c’est dur, que c’est un immense sacrifice. Mais plus l’énergie que vous y mettrez sera grande plus l’onde de déflagration sera intense.

Chacun à son niveau peut servir. Vous êtes une goutte d’eau dans une vague gigantesque qui va s’abattre sur les puissants de ce monde. Sachez prendre soin de vous et de vos proches, prendre du recul pour mieux s’investir. Ne prenez jamais ce combat à votre compte, il ne doit pas vous envahir, il ne doit pas non plus vous porter. Plutôt que chercher des réponses posez-vous les bonnes questions. Méfiez-vous de ceux qui veulent vous orienter, vous manipuler. N’essayez pas de vous inscrire dans une pensée, conservez votre indépendance d’esprit.

Ne cherchez pas de chef.

Vous qui prônez un monde sans Dieu, assumez vos idées: si Dieu est le Verbe, remplacez-le. Montrez que l’humanité est assez mature pour s’affranchir.

Vous qui ne vivez vos vies qu’à travers la religion, cessez de penser que vous détenez la Vérité unique et sortez de votre carcan communautaire. Peut-être alors, pourrez vous enfin accomplir la volonté de Dieu.

Devenez une étincelle aussi.

Le savoir est une arme, la parole est le coup porté.

Salam aleykoum

Rédigé par Stephan Pain

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