Trances (Chapitre 1)

Publié le 24 Novembre 2011

Une brise lègère secoue le haut des arbres malgré la chaleur écrasante. Une paire d'ailes apparait alors comme sortant des nuages et vient finir sa course sur une de ces branches. Un chant furtif s'enroule doucement. Puis s'éteint. Un vif rayon jaune jaillit. Le nuage vient de lacher prise. La mélopée reprend là ou elle en était. Les immeubles gris, penauds, encadrant cette

scéne, n'en finissent pas de se figer comme pour laisser toute la vie s'échapper vers ce petit être. Toute la ville s'évanouie.

Trois secondes s'écoulent en dérobant au temps des heures que les gens "biens" avaient du oublier un dimanche matin.

Hum hum...

Tu sursautes.

Paul se tient à ta gauche, il te tend une chemise cartonnée. La rose, ca va. Encore quelques minutes et tu pourras couper cet ordinateur qui maltraite tes yeux depuis des heures. Tu réfléchis. Oui, tout est réglé. Le week-end est au bout de ces dix touches.

Un petit geste en passant devant le bureau de Jean-Jacques et d'Evelyne.

La radio, comme par automatisme. Les feux rouges s'enchainent. A gauche, à droite, devant, derrière. Certains accélèrent rageusement pour prendre une place. Peut-être deux.

Le soupir ne glisse même plus entre tes lèvres.

La bretelle est remplie. Dix minutes tout au plus pour ces trois cent mètres. Ca ira.

Ne pas se garer sous l'arbre.

La boite aux lettres veut te vendre des meubles. Ca fera toujours un bout d'arbre à la poubelle.

Ce soir la télévision a fait un effort: elle a réussit à s'éteindre toute seule. La télécommande glisse de tes mains. Son bruit sur le sol, sonne le coucher.

Clic.

Ton bras, dans la demi-conscience, s'étend à ta gauche. Il ne rencontre que le drap froid. Tu ouvres les yeux. Personne. Cela fait six mois à présent cet étonnement du matin. Une ombre dans la salle de bain? Un bruit dans le salon?

C'est idiot une absence, on ne peut pas la pointer du doigt pour l'accuser. On peut juste parler à une serviette, lui demander pourquoi elle ne se met plus en boule sur la baignoire. Suspecter la brosse à dent, qui par son comportement aurait pu faire fuir sa copine.

Ce ne sont pas tellement les orgasmes les plus puissants, les soirées enivrées à en perdre le souffle, les panoramas grandioses main dans la main qui manquent le plus.

Non.

Ce sont ces moments délicats. Où au moment de s'endormir les bouts de pied s'embrassent. Un petit mot griffonné à la hâte sur la table basse. La chaleur d'une main sur une hanche. Le bruit d'une page qui se tourne, d'un battement de cil insistant. Où la présence de l'autre irradie, alors que le regard ignore et que ses pensées martèle le présent.

Dix morts au Pakistan entre deux tartines. Le pape s'invite pendant le thé. Tu reprendras bien un peu de ce sinistre ministre avec ton jus d'orange?

Du temps pour toi. Au moins. Tant de choses à faire.

Ce soir, barbecue chez tes amis, planification des vacances.

Une surprise, parait-il. Hâte.

La merguez a une complice. Elle profite de la sauce pour glisser. A moins que ce soit le vin?

Ah! Enfin, on va savoir ce qui se mijote cet été!

Tes trois amis se fendent d'un grand sourire.

Un festival trance.

De l'electro? Chouette! Mais pendant une semaine?

Oui, bien sur!

Ca te parait un peu long.

Christophe est catégorique, il a longuement discuté avec un de ses collègues, il faut à tout prix aller là-bas.

Il est toujours au courant des bons plans. Tu lui fais confiance. Et puis la trance, il te semble en avoir fait quelques soirées sur Paris. Tu en as gardé d'excellents souvenirs.

L'excitation gagne tout le groupe. Le reste de la nuit est passée à régler les détails du voyage et à se projeter plusieurs jours en avant.

Le barbecue est bien froid quand le dernier oeil se ferme sur le canapé.

Rédigé par Stephan Pain

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