La représentativité.

Publié le 22 Novembre 2012

La représentativité.

La clef d’écriture de la période de fin des usinages aux Arts et Métiers m’a contraint énormément. Le jeu en valait la chandelle.
L’effet de surprise s’étant dissipée, je peux aborder le sujet de manière plus technique. Certains pourront regretter, moi y compris, que je n’y mette pas les formes. Il faut bien admettre que d’écrire avec du style est glorifiant.
Malheureusement le temps presse, je dois me concentrer sur le contenu uniquement. Je laisse même passer d’horribles fautes d’orthographes.
Mon expérience dans cette école fut riche d’enseignements à tous les niveaux.
Ce qui va servir ma pensée actuelle traite principalement de l’analyse d’une structure de société élitiste plus ou moins secrète, et d’autre part du mode de transmission des valeurs.
Tout porte à croire que ces deux sujets sont indissociables. En effet, l’appartenance à une confrérie implique d’obéir à une loi propre à celle-ci. La loi étant la même pour tous, si l’on accepte d’autres codes, on s’éloigne donc de la société. Il n’y a alors pas d’autre choix que d’observer ces lois à l’abri des regards.
Ce qui est frappant avec la confrérie des Gadz’Arts, c’est cette totale opacité. Une omerta quasi parfaite. Même les plus farouches opposants au système des usinages ne divulguent pas à l’extérieur ce qu’ils vivent. Pourtant, il n’y a pas d’homme de main qui vous met la pression avec un pistolet sur la tempe.
La pression est beaucoup plus sournoise que cela. Tout l’enjeu est de faire parti de l’annuaire des anciens élèves. Ce qu’il faut comprendre, c’est que si le réseau est très efficace pour vous faire accéder à des postes grâce à la cooptation, il peut aussi fonctionner dans l’autre sens.
D’une manière invisible, vous pouvez être maintenu à l’écart. Il est impossible à quiconque de pouvoir lutter contre une telle chose. Je pense que consciemment ou inconsciemment, chacun qui met le doigt dans ce système réalise cet enjeu.
Ceux qui sont expulsés, ils sont rares, gardent un souvenir amère de leur mise à l’écart et préfèrent effacer ce passage de leurs vies.
En parlant d’expulsion, je vais faire une parenthèse. Sur 150 élèves dans la promotion, il devait y avoir 4 maghrébins. 2 ont été virés. Les 2 autres ont simplement redoublé.
Il faut y voir là une tare génétique évidente. Dans les grandes écoles françaises, on aime pas trop les noms exotiques. Bon sang, mais on pouvait pas les faire rater l’oral à ceux là?

Il est impossible de ne pas garder une trace à vie de la torture psychologique que représente les usinages. L’armée à coté, c’est vraiment de la rigolade, et pourtant j’étais dans un régiment semi-disciplinaire de l’est de la France.
Du point de vue physique, c’est même dangereux, car il n’y a même pas un professionnel cadre médical pour surveiller les protagonistes. Tout juste des secouristes en herbe qui sauront vous prendre le pouls après un malaise.
Qu’il n’y ait pas plus d’accidents tient à la jeunesse des élèves. On endure beaucoup à la vingtaine. Par contre, je pense qu’on est beaucoup plus vulnérable psychologiquement. Oh, bien sur, il n’est pas question de générer des hordes de psychopathes, qui vont compenser leur déséquilibre dans telle ou telle action. Non non. C’est bien plus subtile que ça. Il s’agit de créer une confrérie de personnes d’élite. Ce que je sous entend, c’est qu’il s’établit qu’on le veuille ou non, une sorte de soumission au groupe. Une espèce d’entité, qui serait un idéal inaccessible au commun des mortels, qu’il s’agirait de vénérer comme une divinité. Bien entendu tout cela n’est pas formulé, et il n’’est pas évident, si l’on ne prend pas un tant soit peu de recul de saisir cela.
Fraternité, c’est là notre devise.
Voilà une bien belle devise semblerait il. Porteuse de valeur humaine universelle. Cette valeur se retrouve dans l’Islam, ce n’est donc pas ça, le dieu que nous cherchons puisque l'on peut faire des parallèles. Selon moi, cette fraternité n’a rien d’universelle, c’est une valeur de confrérie, elle établie un mur entre l’intérieur et l’extérieur. Elle est la base de la notion d’appartenance à une élite.
C’est l’expression absolue de vouloir faire parti de l’oligarchie. Du sionisme athée.
Les belles valeurs en prennent un coup.
Issus de concours qui n’ont conservés que les meilleurs, voilà les jeunes martelés avec l’idée de grimper.
Appartenir à l’élite, j’ai cru moi aussi en ces conneries.
Mais je ne suis ni masochiste ni sadique. Lorsqu’au printemps venu, les tables rondes se sont mises en place pour établir le calendrier et les règles des usinages que nous allions poursuivre à la rentrée suivante, j’ai fait entendre ma voix.
Nous étions réunis par petits groupes pour pouvoir discuter calmement sous la présidence d’un membre du comité des traditions. Je reviendrai un peu plus tard sur ce comité.
Nous étions donc à la première réunion, et le but était de réfléchir ensemble à la philosophie des prochains usinages.
J’ai alors osé l’impensable: J’ai demandé à ce qu’il soit possible de bannir les hurlements et de réfléchir à un mode de transmission des usinages diffèrent. Tout d’abord, je fus étonné, personne ne semblait concerné par mon idée, alors que tous avaient tout autant que moi dégusté. Le temps avait fait son oeuvre semble-t-il. Je me souviens alors comment le membre du comité m’a alors coupé totalement dans mon élan en déclarant que la date de début des tables rondes ne permettait pas d’envisager de réfléchir à un mode de transmission autre que celui que nous avions subi.
En gros, il était trop tard. J’étais mis devant le fait accompli.
Fin de la discussion.
J’étais sidéré.
Ce qui s’est passé? Oh, vous devez bien vous en douter. En réalité, ces réunions de travail n’étaient que des mascarades. Il n’avait jamais été question de remettre en question quoi que ce soit. Et le programme des réjouissances à venir, à part des points techniques de détails ressemblait comme deux gouttes d’eau au précédent. Et ce, malgré un nombre important de ces réunions.
Vous me direz, il est dur d’évoluer dans des systèmes de pensée aussi traditionalistes. Certes. Mais je voyais bien que peu d’efforts avaient été fait pour influer sur la philosophie des usinages.
Mais ces visages défaits autour de moi, ces coups de gueule, cette souffrance, je ne l’ai pas imaginé. Pourquoi rien ne change si cela fut si dur?
En vérité, sous l’apparence d’un système démocratique où tout le monde peut s’exprimer librement et de manière horizontal, les réelles prises de décision étaient l’oeuvre du quinté magique.
Pourtant ce quinté avait été le fruit d’élections représentatives.
Pour schématiser, on pourrait dire que la promotion se divise en 5 parties: Ceux qui sont totalement à fond dans les traditions, ceux qui s’y opposent totalement, et puis le reste qui se réparti équitablement en pourcentage. Si bien qu’en élisant 5 personnes pour prendre la tête du comité, nous sommes surs que tous les courants de pensée sont représentés.
Et cela a été le cas, il y avait juste après les élections, un des 5 qui était un gars qui en avait fait voir à nos anciens. Il était une forte tête et ne supportait pas la forme des usinages. Et un deuxième, moins extrémiste, mais tout aussi convaincu que la forme était à discuter.
Au niveau représentation, on ne pouvait pas rêver mieux.
Hélas.
Pour devenir Gadz”Arts, vous vivez une expérience mystique. Je suppose que cela doit furieusement ressembler aux cérémonies francs-maçonnes.
Je ne vais pas rentrer dans les détails, cela n’a que peu d’importance, il n’y a de toute façon pas besoin d’avoir beaucoup d’imagination pour comprendre ce qui s’y passe.
On se prend beaucoup au sérieux, voilà ce qui est sur.
Or, lorsque l’on devient un membre du comité des traditions, on devient un super gadz.
Les 5 ont participé à un week end spécial.
Ils y ont rencontrés cette fois des Gadz’Arts agés, garants des traditions perpétuelles. Ils ont pris part à une intronisation d’un autre niveau.
Cette fois, impossible de savoir. Motus et bouche cousue.
Mais à voir leurs regards, ils sont changés.
La représentativité n’est plus. D’un extrême, nos deux rebelles sont passé de l’autre.
Le système est verrouillé. Implacablement.

Pourquoi m’est il totalement impossible d’adhérer à un système de valeur tel que celui des francs-maçons? Pas parce que j’ai mené une enquête, ou que j’ai analysé quoi que ce soit.
La réalité est que j’ai pensé comme eux, que j’étais fier d’appartenir à une élite. Et que invariablement, il m’est venu l’idée de créer un club de personnes que je jugerais suffisamment valable pour faire progresser le monde dans le sens des valeurs que je possède. Que la méthode serait la cooptation, et que l’on aurait logiquement le contrôle des institutions.

Je n’ai pas compris l’oligarchie, je l’ai vécu de l’intérieur même de ma structure de pensée. Je suis à même de savoir comme tout cela est nocif, et de comprendre le système de défense.

Nous comprenons alors qu’il y a bien un dieu qui est adoré. C’est un dieu blanc, fort en math, qui n’aime pas le changement. Le dieu égo.
Et ce dieu égo, quand il a cessé de chanter Sardou à chaque fin de soirée, il finit par aimer l’argent.

Rédigé par Stephan Pain

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