Lettre à Etienne Chouard
Publié le 13 Novembre 2012
Lettre à Etienne Chouard
La première fois que j’ai entendu parler de toi, c’était il y a un an exactement. Je venais de découvrir les indignés sur le parvis de la Défense et j’assistais aux réunions populaires. On y parlait de démocratie réelle et d’idées politiques totalement nouvelles pour moi.
Tout cela était très confus, aussi la remise en cause de la représentativité du peuple ne me paraissait pas essentielle. Toutefois, je percevais la ferveur qui habitait ceux qui défendaient ces idées et malgré que je n’y comprenne rien et que, de fait je n’y adhère pas, je me disais qu’il y avait tout de même un enseignement à en tirer. Je prenais très rarement la parole devant le groupe entier. Les rares fois où me sont venues des idées qui me paraissaient constructives, elles furent noyées au milieu du flot. Je me sentais beaucoup plus à l’aise en comité restreint, car il y avait une réelle confrontation des idées. Au bout de nombreuses heures passées à discuter avec des gens de tous horizons, je me rendis compte de mon endurance et de ma capacité à trouver les mots justes pour chaque personne. Je me rendais compte que les seules personnes qui s’opposaient à moi étaient en réalité des extrémistes. Je me découvrais. Je comprenais aussi, hélas, que ma méthode, tout efficace qu’elle puisse être, allait prendre un temps infini. Il me fallait alors prendre du recul.
J’ai compris alors le carcan que représente le système des partis politiques. L’individu adhérant à une somme d’idée compilée, projette sur l’assemblée des solutions clefs en main issues d’un processus interne à leurs partis respectifs.
Quel immense gâchis. Toute cette énergie perdue à discuter en vain, chacun campant sur ses positions.
Après plusieurs assemblées, constatant l’échec manifeste de l’adhésion de la population extérieure, je ne pouvais qu’imaginer le mouvement décroître. Tout du moins dans sa forme actuelle. Bien vite, les indignés ont été en autarcie intellectuelle.
Comment peut on prétendre bâtir le monde de demain avec une centaine de gens? Je ne voyais là que les germes de la dictature. J’imaginais aisément un phénomène similaire se produisant en divers lieux et diverses époques et ayant débouché sur une prise de pouvoir par la force et donc par l’instauration d’un pouvoir unique.
La frontière est mince entre liberté et fascisme parfois. Tout est question d’équilibre des idées. Et je ne voyais pas réellement d’équilibre.
Malgré tout, les revendications étaient légitimes, les luttes justes.
Une idée me vient en tête, toute simple. Si chacun vient avec le poids de son parti, alors la solution serait de trouver un terrain commun à tout ce monde là.
La réponse me vient au bout de quelques jours: la spiritualité.
J’étais alors athée mais respectueux des croyances. Aussi, il m’apparut évident qu’il fallait trouver une idée qui englobe toute croyance. Une philosophie globale.
Hors de question de créer une nouvelle religion, il fallait faire avec ce qu’il y avait.
Je venais de mettre le doigt dans l’engrenage sans le savoir.
Cela m’a mené à accepter Dieu et à progresser dans ma quête de la Vérité.
Et puis quelques mois plus tard, je me suis enfin penché sur ton travail.
Tout ce que tu disais résonnait en moi. Tu me donnais toutes les clefs dont j’avais besoin.
J’étais fasciné de ton approche de la politique et de ta constante remise en question. Je voyais bien que tes détracteurs n’avaient que le mensonge à offrir en argument.
J’étais alors arrivé à un point de ma réflexion spirituelle qui m’avait mené à l’Islam et tu es venu apporter la dernière pierre de la compréhension.
En partant de la politique, j’étais enfin revenu à mon point de départ.
Le cycle accompli.
Et puis enfin, un jour, tu m’as accordé du temps pour que nous parlions.
Beaucoup de temps.
Tu recherches la cause des causes, mais tu n’as pas osé franchir le cap de la religion, car tu es tombé dans le piège du système.
Malheureusement je n’avais pas assez de temps pour tout expliquer.
Tu ne le sais que trop que nous avons besoin de temps pour être compris.
Nous ne nous servons pas de slogans racoleurs ou de formules toutes faites.
Nous avons besoin que les gens ouvrent leurs oreilles et fassent fonctionner leur cerveau.
Nous avons fait ce pari un peu fou de croire que les humains sont intelligents.
Une partie de ton travail est basée sur l’étymologie des mots.
Il est amusant que tu n’aies jamais cherché la signification de ton propre nom.
Lorsque je te l’ai dit, ton visage s’est illuminé. Ce fut un merveilleux instant.
Par ton nom, tu accomplis la prophétie faite par Francois Asselineau, de la libération du monde par la France, où la chouette, symbole de la sagesse, prend son envol à la tombée de la nuit humaine.
Ton nom signifie le règne de la sagesse.
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